hiver, il fait nuit



(la neige qui recouvre
tout le paysage
ne masque
pas le paysage
 alors pourquoi la neige
le blanc salit
l'image le nuage le
ciel pourquoi neiger)


quand
j'ai passé
la main
tu me fais mal
tu as dit mais

j'ai froid aussi
aux mains 

dans
l'autre chambre
à côté d'autres
amants allument

d'autres flammes
ici
le gel braise
il n'est pas tard

il fait nuit


telle qu' elle


recto/verso - B 7s.+3s., f:4
( Tous les 36 du mois,
21 septembre 2014)

tu ne savais pas cette transparence tu
as vu mon oeil pourtant à
travers voir
tu ne savais pas

ce que je t'ai demandé de faire
tu le fis sans pourquoi ni comment tu
es allée attendre & te retourner comme
je t'avais demandé

si je savais le mystère des apparences ton
secret ne serait plus  si secret
si silence si les yeux
défloraient  les mystères

sans histoire



l'enfant

regarde d'en bas

le ciel où je me cogne sans saigner




pourrais-tu renoncer à la liberté ?

je ne réponds pas

d'autres auront la gentillesse de mentir


te caches tu

  pour Lydiane



 on murmure
dans la chambre claire
à mi-voix
à mi-mots
on murmure


je peux te le dire
endormie que j'habitais
un rêve
où l'habit avait la couleur du
nu & le nu
celle de l'oubli

je suis revenu sans toi



tu as remis la robe

on murmure
on murmure
il fera nuit
tu sais

j'ai coupé la tête



j'ai coupé la tête
pour qu'elle reste au-dessus
de tout ça

un pied & demi et
deux pouces & beaucoup de doigts
pour prendre la mesure

il reste quand même
comme la forme échancrée
d'un sourire

des angles des traits & du relief
pour faire un corps
de femme

celui que tu attends



celui que tu attends
ne viendra pas
il s'est arrêté quelques pas
avant

que recommence l'histoire

les promeneurs sont rares
les jours de pluie
celui que tu attends
ne viendra pas

ni personne
et tu savais & tu es venue

un jour

perdu dans une vie
ne fait aucune différence




Le disparu




 la disparition


Demain, tu rentreras chez toi. Pas trop tôt ! Bien sûr, tu préfèrerais laisser dans la chambre 207 cette longue maladie qui, tu le sais bien, finira par avoir ta peau...
En attendant, ton sac est fait, posé près de la porte. Tu te sens comme à la veille d'un grand départ en voyage dans un pays inconnu dont tu ne parlerais pas la langue. Tu n'as pas l'impression de rentrer chez toi, dans un endroit familier qui t'a hébergé durant des lustres, toi, tes amours, te emmerdes, tes rêves et ta maladie aussi. Tu as peur d'être sans repères dans ton appartement. Vas-tu retrouver tes partitions de musique ? Ta mémoire aura-t-elle conservé l'emplacement de ta boite à chaussures conservant les photos de ton enfance en Algérie ? Sauras-tu mettre la main sur le tire-bouchon ? Tu ne veux pas voir ton visage amaigri dans le miroir, ton corps qui ne porte plus que le souvenir ancien de ce qu'il a été, cette musculature qui a presque totalement fondu. Tu refuses de voir ce que tu es devenu. Tu refuses de voir qu'une grande part de toi a déjà disparu. C'est avec un vif plaisir que j'accueille dans le cadre des Vases Communicants le texte de Marianne Desroziers. Ma contribution est hébergée dans les pages de son blog Marianne Desroziers , où vous découvrirez aussi son actualité, ses lectures, ses critiques etc.