ta petite voix

ICA Sirene 135
papier, pinceau

la voix de l'autre
ou celle d'un enfant
qui appellerait
avant de naître

d'une langue inconnue
mais si proche

(le bruit du vent
le bruit du sang
le bruit de l'eau
ébruités sans bruit)

tu pourras venir
quand je n'aurai plus peur

& me laisser
comme on change de peau

je recommencerai le
même travail
la voix si douce
restera un mystère

nous serions trop bavards
si nous nous comprenions

(l'odeur d'un corps
la couleur d'un œil
la saveur des lèvres
& d'autres sens insensés)

comme avec des mots sur les yeux

ICA Sirene 135
papier, pinceau

je vois quand je dors
 à travers
comme avec des mots sur les yeux

mes questions
mises entre tes lèvres
avaient goût de tabac

ou d'alcool de ce soir

( je te le dis
pour que tu saches )

nos langues déliées
faisaient bien peu de bruit
elles donnaient
elles prenaient
elles recommençaient sans cesse

c'est ainsi la nuit
quand tu n'es pas là


le plus vrai silence

ICA, Sirene 135
papier, pinceau


il reste une image

un peu

longtemps

il manque une image
de toi

un peu

ce ne sont
que des mots
qui le disent

longtemps

lettre

ICA, Sirene 135
papier, pinceau
tu n'es pas venue
avec l'ennui de mes dix doigts
je t'ai écrit une lettre
que je posterai plus tard

je t'ai vue
revue un peu après
une photo dénudée
de quelques jours

avec l'ennui de mes dix doigts
je pourrais prier
ou me gratter la tête
mais je t'ai fait bonjour
par la fenêtre

bien sûr
il faudra un jour
plus que nos anges
plus que nos fantômes
entre nos mains

une respiration

(ICA, Sirene 135)
papier, pinceau
quand tout ce que je t'ai dit
s'en finira en silence
ce que j'ai écrit
s'effacera
des
souvenirs ou
des épingles des boites
des vitrines protégeront de l'oubli


mais quand tout le sa
ble aura coulé  &  le sa
ng durci deviendra de pierre
la poussière & le silence re

commenceront

écho

( ICA, Sirene 135)
papier, pinceau

 je l'ai vue
de dos la fenêtre
devant elle inerte
ne laissait voir
que la nuit dans la rue

par dessus l'épaule
elle glissait un oeil
ou une question

 aurons-nous besoin
de nos corps
longtemps encore
à donner pour tout ce temps
qui allait nous venir ?

enfin, le rideau
tiendra nos promesses mais
seras-tu encore là ?

écriture

(ICA, Sirene 135)
papier, pinceau
la nuit
mes lèvres bougent
toutes seules
tout en silence

le matin
il reste sur les draps
quelques écritures
quelque silhouette

jusqu'au soir
je tourne & retourne
la toile incrédule

maintenant
j'irai dormir dans un livre vide
un crayon à la main